Le temps dans les systèmes complexes naturels et artificiels
Voir l'édition de l'année 2004 en format PDF : Le temps dans les systèmes complexes naturels et artificiels et sur le site Rochebrune 2004

Le temps, changement continuel et irréversible pour les hommes et les choses :
« Qu’il faut peu de temps pour changer toute chose » Victor Hugo.
Le temps, simple écoulement pour la plupart des hommes, est un milieu particulier pour les scientifiques : le milieu de l’observation, le milieu de l’expérience, le milieu qui fonde l’événement, le milieu qui induit le déterminisme, le milieu qui établit ou non la causalité, … Sans temps, pas d’évolution, pas de simultanéité, pas de succession, pas de facteurs qui en expliquent d’autres : le temps est donc essentiel à l’appréhension scientifique du monde. C’est pourquoi tant de disciplines s’y intéressent.
Toutes les disciplines sont en effet concernées par le temps, et pas seulement parce qu'elles se sont constituées dans le temps. Alors que certains chercheurs s’interrogent sur la nature du temps et ses impacts sur les éléments de l’univers (physique, philosophie, astronomie, biologie), d’autres disciplines travaillent directement dans le temps (histoire, archéologie) voire avec le temps (musique, danse, …). Le temps est généralement appréhendé comme un écoulement, dont le débit est strictement mesuré par diverses références (jour terrestre, lunaison, ou période atomique - une seconde est la durée totale de 9 192 631 770 périodes de l’atome de césium) ; mais on peut aussi l’approcher par l’espace (physique, géographie, géologie), puisque espace et temps dérivent l'un de l'autre, en relations différentielles ; tout comme on peut mettre en avant la relativité du temps, qui passe à des vitesses différentes selon les observateurs, plus lent près des corps massifs et plus rapide ailleurs. Le temps est donc une notion complexe.
Les thèmes et idées
Tout système complexe s’inscrit dans une dynamique, c’est à dire dans un temps particulier. Il y a une relation entre le temps, la dynamique et la complexité des choses. Le temps physique est un concept dynamique, dépendant de la configuration de la matière et de la position des observateurs. Le temps est lui-même complexe car il est dérivé de structures complexes. Les thèmes d’interrogation concernant le temps et les systèmes complexes sont donc multiples.
La nature du temps et la science
· Tout d’abord, qu’est ce que le temps ? « Le temps c’est ce qui passe quand rien ne se passe » ! Comment le considérait-on hier et qu’en est-il aujourd’hui ?
· Temps relatif ou temps absolu : que signifie le temps pour la matière, pour les hommes, pour les systèmes complexes, pour la science? Comment le mesure-t-on ? Comment le représente-t-on ? Comment le modélise-t-on et comment simule-t-on son écoulement ?
· Temps et événement. L’inscription d’un événement dans le temps est particulière : instantanéité, singularité, simultané / antérieur / postérieur, fréquence, rythme, cyclique dynamique. … Quelles sont les effets de cette inscription dans le temps : causalité, réversibilité, synchronicité…. ? A l’inverse, comment situer les évènements atemporels ou intemporels, l’éternité ?
La question du temps dans quelques disciplines scientifiques traitant de systèmes complexes
· L’informatique et la gestion. La construction et la représentation des événements et du temps dans les systèmes artificiels. La formalisation et la gestion du temps dans les ordinateurs, la logique temporelle, la planification et l’ordonnancement, l’algorithmique, le parallélisme. En particulier, comment, dans des systèmes complexes artificiels, sont modélisées et gérées les synchronies ou les arythmies entre différents éléments ?
· L’urbanisme, l’économie, la sociologie. La question du temps dans l’organisation des systèmes complexes urbains : rythmes de vie asynchrones des citadins et synchronisation des services. Les temps et les lieux d’une journée (infra) ordinaire en grande ville ...
· La biologie. La vie : naissance, croissance, vieillissement et mort ; les horloges biologiques. Quelles sont les stratégies d’adaptation des systèmes complexes vivants par rapport au temps et à son écoulement ?
· Les sciences de la terre : temps et morphogenèse. Temps et changement d’états et de forme de systèmes complexes naturels : quel est le lien entre dynamiques temporelles et dynamiques morphologiques en géologie, en géomorphologie, en géographie ... ?
· Les sciences juridiques : temps des institutions. Références, archives, mémoire / oubli, amnistie, comment se construisent et se perpétuent les systèmes institutionnels complexes dans le temps ?
Perception et usage du temps
· Psychologie. La perception du temps est relative à chacun d’entre nous et aux circonstances. Chacun a fait l’expérience de minutes qui paraissent interminables et de semaines qui passent trop vite : certaines émotions distordent notre perception du temps. Et pourtant, c’est le temps qui constitue la trame de fond sur laquelle se fixent les repères objectifs nécessaires à la communication des hommes.
· Linguistique. Nous exprimons chaque jour nos pensées grâce à la parole et, sans nous en apercevoir, nous transformons des idées atemporelles en un discours ordonné, cohérent s’inscrivant dans le temps, et même jouant du temps pour ménager des effets oratoires.
· Performance : vitesse, rapidité, débit, rendement. Sportifs, ingénieurs et industriels le savent bien : améliorer les performances et repousser les limites est inhérent à la vie. Pourquoi et par quels mécanismes est-il possible de faire une certaine quantité de choses dans un temps moindre tout en conservant la qualité ?
Le temps dans la littérature et les arts
· Chez les poètes : « l’ennemi vigilant et funeste, le temps » (Baudelaire). Source d’inspiration intarissable, le temps est ce qui nous éloigne chaque jour de la vie et qui nous rapproche inéluctablement de la mort. Il est aussi à l’origine de pensées profondes, attristées parfois par des regrets ou des remords : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ».
· La musique : de la double-croche à la ronde, l’art de la musique est aussi un art du temps, qui s’organise en rythme et qui se prépare en répétition …Un temps d’une grande complexité, qui intervient à des niveaux très différents puisqu’il est aussi bien engagé dans la constitution des hauteurs de sons, de leurs durées, des cadences, des accords, de l’exécution, de l’harmonie générale ...
L’objectif des Journées de Rochebrune
Le temps passe, mais l’objectif des Journées de Rochebrune reste inchangé depuis 1992 : il s’agit d’offrir un espace d’échanges et de débats interdisciplinaires à tous les chercheurs/chercheuses qui travaillent sur les systèmes complexes naturels ou artificiels. Rochebrune se veut un lieu d’échange de la recherche en train de se faire : les contributions ne sont donc pas nécessairement finalisées et l'on peut aussi parler de choses en cours, pour lesquelles les doutes et les questions pèsent aussi lourd que les réponses déjà apportées.
Infos pratiques
Le lieu

- Détails pratiques d’accès et de vie au chalet (.pdf)
On a coutume de dire que Rochebrune est essentiellement un lieu … On oublie généralement de préciser que c’est aussi un temps particulier. Un temps où on se donne le temps de s’immerger dans l’interdisciplinarité, de baigner longuement dans les systèmes complexes de tous types. Le lieu, un chalet d’altitude isolé ( www.univ-tln.fr/~glotin/chalet.html ) et néanmoins accueillant, fait bien sûr partie de l'alchimie; mais le bouillon ne pourrait prendre sans un temps minimal de macération et de cuisson. « Les journées de Rochebrune » : le titre même suggère la durée, nécessaire à l’imprégnation de nos différences, essentielle au mélange de nos corpus scientifiques, indispensable à l’expression finale de ce qui nous unis. Le temps est donc un ingrédient fondamental à ce lieu pour que le miracle annuel se reproduise : Rochebrune ...
Comité d’organisation Rochebrune
Dominique Badariotti
Danièle Bourcier
Paul Bourgine
Guillaume Deffuant
Jean-Louis Dessalles
Thierry Fuhs
Hervé Glotin
Francis Rousseaux
Serge Stinckwich
Comité de programme 2004
Keiko Abé (CNR Tours, Tours)
Frédéric Amblard (Cémagref, Clermont-Ferrand)
Dominique Badariotti (Laboratoire SET, UPPA, Pau)
Jacques Blanc-Talon (CTA, Paris)
Danièle Bourcier (Cersa, CNRS, Paris)
Paul Bourgine (Ecole Polytechnique, Paris)
Guillaume Deffuant (Cémagref, Clermont-Ferrand)
Jean-Louis Dessalles (ENST, Paris)
Pierre Frankhauser (Laboratoire Théma, Université de Franche-Comté, Besançon)
Thierry Fuhs (Hightel, Paris)
Hervé Glotin (Signal Information Systèmes-SIS, Toulon)
Jerzy Karczmarczuk (Université de Caen, Caen)
Sylvie Lardon (Inra, Clermont-Ferrand)
Edmont de Montalembert (CNR Dijon, Dijon)
Jean-Pierre Müller (Cirad, Montpellier)
Sylvia Occelli (Ires, Turin, Italie)
Christophe Parisse (Inserm, Paris)
Denis Phan (ENST-Bretagne, Rennes)
Francis Rousseaux (Ircam, Université de Reims, Paris)
Ryosuke Shiina (Université Doshisha, Kyoto)
Serge Stinckwich (Université de Caen, Caen)
Christiane Weber (Laboratoire Image et ville, Strasbourg)