Conflits des interprétations et interprétations des conflits

Voir l'édition de l'année 1999 en format PDF : Conflits des interprétations et interprétations des conflits et sur le site Rochebrune 1999


Thématique

Le Robert définit l'interprétation comme l'activité de donner une signification que ce soit aux signes en général ou aux phénomènes. La connaissance que nous avons de cette activité est relativement peu structurée au contraire de l'activité de modélisation qui est spécifique quoique dominante dans la science occidentale contemporaine. L'interprétation peut se comprendre à la fois comme un processus et comme son résultat. Elle peut donc être difficilement séparée de sa dynamique d'élaboration. C'est pourquoi nous voulons explorer plus précisément le rôle des conflits et antagonismes dont Héraclite disait qu'ils sont les seuls moteurs d'évolution. Le conflit ne doit pas forcément être compris dans le sens de la logique classique dans laquelle il est source d'incohérence; ni dans le sens étymologique de forces qui se heurtent ce qui rendrait le conflit source de destruction, mais au contraire comme dynamique créatrice une fois placée dans un mécanisme d'équilibration, possiblement par interprétation du conflit lui-même. Nous souhaitons poser les questions (non-exhaustives) suivantes:

  • le vivant interprète-t-il son environnement et quel sens donner à cette assertion ? Entre ADN et organisation cellulaire, qu'en est-il de l'embryogenèse comme herméneutique du vivant ?
  • quelle différence y a-t-il entre l'interprétation par le vivant, l'homme et la machine ? Quels modèles en avons-nous et sont-ils conflictuels ? Que nouspprend l'ordinateur comme machine universelle à traiter le signe 
  • quel est le rôle des conflits et antagonismes dans la construction d'interprétation ? Pourquoi les éviter et comment les utiliser
  • comment une interprétation individuelle est-elle possible ou qu'en est-il de l'interprétation collective et du rôle de la multiplicité des points de vue, qu'ils soient méthodologiques, contextuels ou de niveaux, et donc des conflits qui peuvent en résulter ? Qu'en est-il de l'interprétation comme résolution des conflits et donc moteur d'évolution ?
  • si, comme dans la deuxième définition du Greimas (voir notes), les signes sont toujours déjà signifiants, comment peuvent-ils avoir ce statut ? Qu'est-ce qui les rend signifiants ? Qu'en est-il de la pensée symbolique des civilisations anciennes ou orientales et qui a été cultivée chez nous jusqu'au Moyen-Age (G. Durand) ? Comment cette forme d'interprétation s'articule-t-elle avec les signes décontextualisés, jusqu'à être calculables et à la conception de l'interprétation qui en découle 
  • de quels processus de légitimation des interprétations disposons-nous ? Quelles relations l'interprétation entretient-elle avec l'action ou l'argumentation que ce soit avant, par ou après coup ? Comment l'interprétation s'articule-t-elle à la controverse, la négociation, l'ajustement
  • puisque la simulation joue un rôle de plus en plus grand dans l'activité du modélisateur: comment s'articulent la simulation et l'interprétation 

Ces questions sont au coeur de la plupart des sciences et plus particulièrement la sémiotique, l'herméneutique, les sciences cognitives et neurosciences, la philosophie, la psychologie, la linguistique et psycholinguistique, l'intelligence artificielle, l'anthropologie et la sociologie. Elles sous-tendent également l'activité scientifique, tant dans la modélisation que dans l'expérimentation. Elles sont inséparables des activités des concepteurs (ingénieurs, informaticiens, architectes...) dont les productions proviennent de la résolution de conflits d'interprétations du monde, et sont soumises à des conflits d'interprétation.

Notes:

Selon " Sémiotique - dictionnaire raisonné de la théorie du langage " de Greimas et Courtès, on distingue au moins deux acceptions de l'interprétation, l'interprétation comme attribution de significations à des signes qui en sont dépourvus et l'interprétation comme paraphrase (au sens large) de signes déjà remplis de significations. Cette deuxième acception fait écho au " Dictionnaire de la psychanalyse " de Laplanche et Pontalies qui définit l'interprétation comme dégagement, par l'investigation analytique, de sens latent dans le dire et les conduites d'un sujet; faisant donc référence à la fois au sens déjà là et, en plus, à sa modalité d'obtention.

 

Pour garder aux Journées de Rochebrune leur caractère de rencontres chaleureuses et pour privilégier la discussion scientifique, il a été décidé de limiter la durée des exposés oraux. Chaque auteur se verra attribuer l'un des deux formats de présentation suivants :

 


- une présentation courte de 15 minutes permettant à l'auteur de présenter et de commenter très succinctement son texte.

- une présentation longue de 30 minutes suivie d'une discussion pour les articles traitant de points centraux de la problématique.

Les auteurs souhaitant faire une présentation courte peuvent le signaler (au moment de la soumission de leur papier).